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La période de vacances que nous allons bientôt aborder avec les fêtes de Noël, nous invite à nous interroger sur notre dévotion au Saint Sacrifice de la Messe, spécialement à notre assistance quotidienne aux Saints Mystères et à la possibilité de recevoir le sacrement de l'Eucharistie tous les jours. Voyons donc depuis la plus haute antiquité quel fut l'enseignement et la pratique de la Chrétienté en ce domaine.
I - Doctrine de l'Eglise :
Du Ier au IIIème siècle, si nous n'avons aucun témoignage de cette pratique, les manuscrits antiques, tels que la Didachè ou les Apologies de Saint Justin, associent toujours la communion à l'assistance au Saint Sacrifice de la Messe. Les premiers chrétiens, qui subissaient de dures persécutions et qui ne pouvaient se réunir tous les jours pour la “fractio panis” (la fraction du pain, nom antique de l'Eucharistie et de la Messe), ne manquaient pas de communier à chaque fois qu'ils y assistaient, afin de prendre des forces pour sauvegarder leur Foi en des temps si troublés. Du IIIème au Vème siècle, les persécutions continuant, les Evêques, notamment Saint Cyprien (258), incitent les chrétiens à la communion quotidienne, afin de se préparer au combat ( Lettre à Thibaritanos, LVI,1 ). L'Edit de Constantin en 313, accordant à l'Eglise la paix et la liberté de pratiquer sa liturgie au grand jour, ne va pas mettre un terme à cette sainte pratique. Bien au contraire, l'Episcopat va continuer à l'encourager et à la développer, comme Saint Augustin (Sermon CCXXVII) ou encore Saint Jean Chrysostome (Homélie XVII ). Cependant, ils insistent beaucoup sur les bonnes dispositions à avoir pour s'approcher dignement de cet auguste sacrement. Du Vème au XIIIème siècle, la hiérarchie ecclésiastique continue toujours à encourager cette pratique, mais trop souvent impose des conditions tellement restrictives que l'on constate presque partout, surtout à partir du IXème siècle, le tristement célèbre siècle de fer, une diminution de la fréquence des communions dans les rangs des fidèles. Par exemple, en Angleterre, Saint Bède (735) se plaint de voir ses ouailles ne communier que trois fois l'an ( Epître II ). A partir du XIème siècle, Saint Grégoire VII (1085) et saint Pierre Damien (1072) lancent une grande réforme dans l'Eglise et vont se baser sur la communion fréquente pour relancer et raffermir la Foi moribonde des chrétiens, mais les mauvaises habitudes sont bien ancrées et seuls les monastères l'appliquent réellement. Du XIIIème au XVIème siècle, cette période est marquée par les enseignements du Docteur Angélique, Saint Thomas d'Aquin (1274), qui loue cette pratique dans ses écrits (Somme IIIa, qu°LXXX, 10. Comm. sur le Pater et l'Ave), en comparant les effets bénéfiques de la nourriture corporelle sur nos forces physiques et les effets de la communion quotidienne sur nos forces spirituelles. Il invite donc les chrétiens à communier le plus souvent possible, du moment qu'ils sont préparés et que cela ne diminue pas en eux le respect envers l'Eucharistie. Malheureusement ce bel enseignement va rester théorique et même malgré l'institution de la fête du Très Saint Sacrement par le Pape Urbain IV en 1264, les fidèles ne vont pas changer leurs habitudes. Du XVIème au XVIIème siècle, sous l'influence de nombreuses et nouvelles congrégations religieuses ( jésuites, théatins,...) et des enseignements du Concile de Trente (sessions XIII et XXII ), les prédicateurs vont être encouragés à propager cette sainte pratique et ainsi permettre à la Réforme Tridentine de se réaliser dans les meilleures conditions. Cependant les attaques jansénistes vont considérablement affaiblir cette grande réforme en distillant leur venin un peu partout et en éloignant une nouvelle fois les fidèles et même les prêtres de l'Eucharistie. Du XVIIème au XXème siècle, l'Eglise va réagir officiellement en publiant un décret doctrinal en 1679 dans lequel elle déclare que la communion fréquente et même quotidienne a toujours été approuvée par l'Eglise et qu'il revient au confesseur de chaque fidèle d'en fixer la fréquence. On voit donc réapparaître la communion hebdomadaire, mais assez rarement quotidienne car les confesseurs, influencés par les ouvrages de théologie morale de Saint Alphonse de Liguori (1787), réclamaient un niveau de pratique et de mortification très élevé pour pouvoir accéder quotidiennement à la Sainte Table. Finalement c'est le Pape Saint Pie X qui dans un décret de 1905 va trancher de manière définitive cette controverse en permettant aux fidèles, dès leur plus jeune âge, de pouvoir communier le plus souvent possible et ainsi ouvrir une nouvelle ère dans l'histoire de la communion, tout en supprimant les derniers restes du poison janséniste.
II - Applications pratiques
Une telle histoire, si mouvementée, si riche en rebondissements, mettant en scène tant de grands personnages de la chrétienté, ne doit pas nous laisser indifférents. Elle doit au contraire, nous conduire à nous interroger sur notre propre dévotion personnelle à cet auguste sacrement. Bien souvent, nous nous cachons derrière des fausses excuses pour ne pas pouvoir profiter de ce sacrement. Tout et n'importe quoi devient plus prioritaire que l'assistance à la messe et la communion quotidienne, alors qu'une seule chose est nécessaire ici bas : notre vie d'union à notre divin Sauveur. Combien de grâces, de secours, de protections laissons nous passer à cause de notre négligence, préférant des choses périssables à un tête à tête avec le Dieu d'amour. Dans ces temps si troublés, imitons la Foi de nos ancêtres, qui même en période de persécution n'hésitaient pas à braver mille dangers pour aller recevoir le Saint Sacrement. En cette année du Sacerdoce, conduisons nos enfants au pied de l'autel le plus souvent possible pour qu'ils puissent entendre la voix et l'appel du divin Maître. En un mot, profitons donc de ces vacances, du temps que nous avons, pour vivre un peu plus de l'Eucharistie et d'en faire vivre notre famille. Ce sera sans nul doute le plus beau présent que vous puissiez offrir à l'Enfant Jésus en ce temps de Noël.
Abbé Louis-Numa Julien
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