| Editorial - Saint Pierre et saint Paul |
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| Mercredi, 05 Août 2009 10:50 |
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Le Fondateur de l’Eglise est Notre Seigneur Jésus-Christ et non pas les apôtres, comme le grinçait le très modeste Voltaire : « ils en a fallu douze pour la fonder, il en suffira d'un seul pour l’abattre ». Mais quand le Seigneur remonte auprès de son Père, on ne peut sûrement pas parler d’Eglise : elle est encore au futur. La plupart des éléments matériels sont là ( Logia irréformable du Christ, embryon de hiérarchie, pouvoirs sacramentels etc.) mais la forme y manque radicalement et, sans la Pentecôte, irrémédiablement. C'est l’irruption violente et gigantesque du Saint-Esprit (replevit orbem terrarum...) qui démarre l’Eglise comme le corps, vivant cette fois, du Seigneur. Là, c'est parti, et les portes de l'enfer pourront grincer dangereusement mais sans jamais prévaloir. Jésus a fondé son Eglise, pour sûr, mais par procuration. C'est Lui qui déclenche le Saint-Esprit, l'arrache, pour ainsi dire, du sein du Père, où tous deux reposent depuis toujours, et féconde en un instant cette carcasse, moribonde avant que d'avoir vécu, des germes qu' Il a planté avec tant de mal. C’est dire aussi que les apôtres sont les seconds mandataires de cette vaste conquête qui va ramener le monde, par son Sauveur, à son Créateur. Sans eux, très spécialement munis de la plénitude des charismes et disposés trois années durant pour ce, pas d’Eglise non plus. Les apôtres ne sont pas de super chrétiens, des saints exceptionnels, des personnages providentiels comme d'autres époques en peuvent connaître ; ils sont les fondements, les colonnes, le soutènement de cet édifice (cf. saint Paul). C’est par un dessein de Dieu qu'ils occupent cette place techniquement sans équivalent. Le Christ a voulu rester humble et caché même et jusque dans la gloire de sa résurrection : c'est patent dans l’Evangile. Dès lors, les premières constatations, affirmations et démonstrations de son triomphe sont les leurs. Ce rôle est unique et défini-tivement unique. Ils font un travail que le Seigneur aurait pu faire, certes, mais qu'Il n'a pas fait, qu’Il n'a pas voulu faire. Et que personne ne pourra faire par la suite. D'où la définition de l’apôtre donnée par les Actes comme « témoin de la résurrection ». En fait, ils devront bien témoigner de tout le reste aussi ; mais en la résurrection ils fondent non seulement la vérité enseignée par le Maître, mais le Maître Lui-même comme vérité, sa véracité. Ils posent leur Maître comme maître, lumière absolue et définitive de tout par sa puissance sur la mort. Vous aurez noté que derrière tout évangéliste se cache forcément un apôtre, à moins qu’il ne le soit lui-même. Marc est la prédication de Pierre, Luc celle de Paul. Non pas que les faits ne fussent pas connus autrement par l'un ou l’autre. On songe aux évangiles de l'enfance de Luc, comme d'ailleurs les mêmes passages en Matthieu, desquels ils ne furent certainement pas les témoins directs. Mais bien parce que, pour donner autorité à ces récits, à leurs auteurs, à leurs affirmations, il faut l'autorité apostolique que Jésus n’a concédée qu’à eux seuls en l’établissement de sa résurrection. Matthias n'en savait sans doute pas plus sur les faits que son concurrent Joseph, dit Barsabas, surnommé Justus (Ac 1-23). Au prononcé, on aurait cru le contraire ! Mais c'est Matthias qui aura cette grâce de l'apostolat, recevra le Saint-Esprit et avec Lui la puissance surnaturelle de témoigner jusqu'au sang de la vérité de Jésus par la puissance de sa résurrection. Saint Paul est la meilleure illustration de ce "phénomène" apostolique. Voilà un témoin de la résurrection bien singulier ; il n'a jamais vu le Seigneur vivant, ni mort, ni ressuscité et il va nous assener un beau jour (2 Cor) : « Sont-ils apôtres ? Je le suis bien plus ! » Diable d’homme qui ne doute… de rien. Mais saint Paul a vu le Seigneur ressuscité et dans la gloire indicible de son état présent et définitif. Ce n'est donc pas tant le fait de la résurrection, dans sa matérialité vérifiable, que sont chargés d’attester les apôtres, mais bien plutôt la gloire sans équivalent de ce Jésus qui a reçu « Le Nom qui est au dessus de tout nom », « siège à la droite de la majesté divine » et Auquel « tout pouvoir a été donné ». Inutile donc de l'avoir connu dans la chair, dira saint Paul. A tout prendre, mieux vaut l'avoir vu dans la puissance de sa majesté, conquise de si haute lutte. La fulgurance du "dernier des apôtres" lui vient aussi de là : pas une seule citation de Jésus dans ses écrits. Il est "saisi par le Christ", cueilli par lui, en commençant par sa gloire : gloire de sa souveraineté actuelle, gloire donc de sa résurrection, gloire de sa mort et de sa passion, gloire de sa venue en chair. Saint Paul a pris la révélation de Jésus-Christ à rebrousse chemin des autres : par le terme, par la gloire, par le triomphe et puisqu’un apôtre est d' abord témoin de cela, il a encore raison : « sont-ils apôtres...? ». Mais heureusement qu’il y a les autres, bigre ! Une suite de douze témoins qui n'auraient vu le Christ que dans sa gloire, sans cheminer avec Lui de surprise en surprise, de scandale en scandale, de doute en perplexité, d’enthousiasme en désillusion, de confession en trahison, serait passé à la postérité pour une bande d'illuminés, non pas doux mais furieux. Le Christ est tellement inimaginable, en son origine inaccessible comme en la folie de sa mort ignominieuse, que des témoins qui ne trébuchent pas à Le suivre passent, cette fois-ci, pour des imbéciles. Il en fallait un, mais il n'en fallait qu'un, pour prendre le parcours à l'envers. Abbé Philippe Laguérie |


Le retour annuel de cette fête liturgique unique (29 juin), qui clôture généralement les années universitaires des séminaristes par les ordinations, nous ramène au cœur de notre foi, bâtie sur le témoignage des apôtres et singulièrement de ces deux-là. Car rien n'est moins fortuit que cette incidence !