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« Ils dirent encore : Allons ! Bâtissons-nous une ville et une tour dont le sommet touche au ciel, et faisons-nous un nom, afin que nous ne soyons pas dispersés sur la face de toute la terre. » (Genèse 11). Après l’inauguration en grandes pompes, du plus luxueux hôtel de la planète, au moment même où Lehmann Brothers faisait faillite, l’émirat de Dubaï voulait redorer son blason avec la livraison de la plus grande tour du monde : le Burj Dubaï, d’une hauteur prévue de 818 m. Las, ses promoteurs sont dans l’incapacité d’honorer les échéances faisant passer un frisson d’angoisse sur toutes les places financières de la planète. En 1999 l'économiste Andrew Lawrence a avancé une théorie intéressante, qu'il a appelé le Skyscraper Index, ou "index gratte-ciel", qui constate que nombre de crises financières de l'ère moderne ont commencé après que les gratte- ciel les plus ambitieux et orgueilleux aient été construits. Déjà en 1995, Carol Willis avait constaté que bien des projets de gratte-ciel "record" s'étaient terminés par de grands déboires financiers pour leurs promoteurs, et que leur mise en service avaient souvent coïncidé avec le début de crises économiques. L’achèvement en 1892 du temple maçonnique à Chicago (le premier immeuble à dépasser les cents mètres) coïncida avec une récession brutale et avec la panique subséquente de 1893. En 1898, la finition de Park Row Building à New York, d’une hauteur de 119 mètres, fut précédée par la panique financière de 1897. En 1908 fut achevé le Singer Building d’une hauteur de 187m, un an après la grave crise financière de 1907 qui allait donner naissance à la Fed. Cette longue liste s’égrène, et par delà les explications financières, qui ne nous éclairent que sur les causes efficientes, saint Jean Chrysostome nous donne une explication : « Faisons-nous un nom. Remarquez ici le germe du mal. C'est afin, disent-ils, de laisser un souvenir éternel, afin que notre mémoire vive toujours. Cette œuvre, cet édifice sera tel que l'oubli ne pourra l'effacer. » Et le prédicateur d’expliquer qu’il est vain de gaspiller ses richesses dans de tels monuments mais que si l’on veut laisser un souvenir sur la terre c’est en déployant notre charité envers nos semblables. « C'est là une mémoire digne d'éloges et véritablement profitable. »
Bertrand Le Noac’h
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